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Critique de Last Stop – Une série télévisée jouable avec une touche d’Albert Camus

Editeur : Annapurna Interactive

Développeur : Variable State

Sortie :

22 juillet 2021

Revu sur : PC

Également sur :
PlayStation 5, Xbox Series X/S, PlayStation 4, Xbox One, Switch

Vous savez, ces jeux où l’on croit savoir où va le récit et où le voyage finit par devenir un parcours prévisible qui ressemble à une corvée ? La dernière aventure surnaturelle de Variable State est tout sauf cela. L’histoire de Last Stop lie les destins de trois étrangers, avec des choix de vie et des échecs perçus qui se mélangent dans une bulle de crise existentielle qui rendrait le célèbre philosophe Albert Camus fier. Last Stop est une expérience à deux facettes, l’une étant la monotonie et l’autre offrant un chaos débridé et des énigmes imaginatives.

Last Stop est une histoire faussement complexe qui se déroule dans le Londres d’aujourd’hui. Elle commence lentement, en présentant aux joueurs John, Donna et Meena. Chaque personnage est un étranger pour l’autre, mais ils ont tous des vies simplistes qui parlent de cette crainte existentielle imminente que nous connaissons et supportons tous. Les trois histoires sont liées par le surnaturel et les rebondissements de la narration qui donnent à Last Stop l’impression de jouer à une série télévisée. Le jeu comporte des coupures d’introduction comme on en verrait dans une sitcom britannique, avec les noms des personnages et leurs acteurs associés. Il y a une musique dramatique qui se déclenche juste au bon moment, et des récapitulatifs de l’histoire qui offrent un rappel utile du “chemin parcouru”, ce qui est une touche agréable étant donné le format épisodique de Last Stop.

Les trois personnages principaux n’ont rien en commun si ce n’est leur malchance monumentale. Meena est l’archétype de l'”obsédée de la carrière” ; une femme qui est guidée par son ambition impitoyable, quels que soient les dommages collatéraux. Elle est déchirée entre ses objectifs et son passé, une division qui est ressentie par ses proches. Ce fossé entre elle et ceux qu’elle aime se creuse davantage lorsque, soudainement, elle est obligée de concourir pour une promotion qu’elle a en ligne de mire depuis des années.

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Donna est une lycéenne qui incarne l’archétype de l’adolescente moyenne ; un peu insouciante à certains égards, un peu trop dérangée à d’autres, et elle essaie simplement de se trouver tout en naviguant dans son adolescence. Dans un effort pour se détacher de l’ombre de la famille, elle se lance dans une amitié compliquée avec Becky et Vivek. Cette amitié est mise à l’épreuve lorsqu’une soirée entre amis tourne mal après qu’un mystérieux étranger ait bouleversé leur vie.

John est un père d’âge moyen, sous-estimé et surchargé de travail. En tant que parent isolé, il en veut à son jeune voisin Jack, qui a réussi et est riche. Mais au lieu de laisser cette jalousie s’exprimer naturellement, le destin a d’autres idées en procédant à un échange de corps à la manière de Vendredi 13. Le cœur de ces trois contes est l’essence même de ce que Last Stop a à offrir : Le destin surnaturel. Bien que je ne veuille pas révéler ce qu’est réellement ce lien surnaturel car ce serait un énorme spoiler, je dirai que ce n’est pas ce à quoi on s’attend et que la révélation était folle. Le rebondissement de la fin offre également des clôtures uniques pour chaque personnage, reflétant la croissance et leurs vérités intérieures. J’ai apprécié que les trois personnages soient si différents les uns des autres, ce qui donne une impression de fraîcheur à chaque chapitre, surtout lorsqu’on passe de John à Donna. Je me suis sentie concernée par la résignation de John face à la routine quotidienne, mais je me suis retrouvée avec nostalgie dans la naïveté de Donna et sa conviction juvénile que tout est possible. Meena était un personnage difficile à aimer, beaucoup de ses choix étaient à la limite de la cruauté, mais plus tard dans l’histoire, nous avons appris pourquoi elle était si prudente et cette révélation m’a fait apprécier son rôle dans cette histoire.

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L’histoire de chaque personnage est divisée en six chapitres, permettant au joueur de choisir entre John, Donna ou Meena avant de passer à la partie suivante de l’histoire. Trois choix permettent d’orienter le comportement de ces personnages dans le jeu, généralement dépeint comme diplomatique, sarcastique ou distant, comme la capacité de réconforter quelqu’un en cas de besoin ou d’être rancunier. Par exemple, John (dans le corps de Jack) doit choisir entre se taire sur son environnement de travail toxique ou “jouer la sécurité” pour garder son emploi. Ces choix commandent certaines actions à des moments cruciaux de l’histoire, mais les choix ayant un véritable impact sur le jeu sont réservés à la toute fin. Si vous souhaitez revenir sur une partie de l’histoire, il n’y a aucun moyen de sauter les dialogues, ce qui est fastidieux lorsque vous rejouez un chapitre. Heureusement, cela n’a pas eu trop d’impact sur mon plaisir, car j’ai trouvé le rythme des dialogues et de l’histoire apaisant, à la manière des sitcoms britanniques, offrant des conversations de même tonalité entre chaque personnage, malgré le récit farfelu en cours. L’humour sec pour lequel ces sitcoms sont connues est également présent dans chaque chapitre, bien que ces moments soient parsemés et ne nuisent pas à la nature mystérieuse de l’intrigue de Last Stop.

D’un point de vue mécanique, Last Stop est aussi simple que possible. Les mouvements se limitent à la marche et sont extrêmement linéaires pour correspondre à une expérience guidée semblable à celle d’une émission de télévision. Au début, j’ai trouvé que cette conception était trop linéaire et nuisait au jeu. Mais au fur et à mesure que j’avançais dans l’histoire, le rythme a pris tout son sens si l’on considère la situation dans son ensemble.

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Si les déplacements dans le monde de Last Stop sont limités, la capacité d’analyse de Meena constitue une exception à la limitation de la marche. Cette fonction lui permet de scanner n’importe qui et de glaner des détails sur cette personne : est-elle coupable ? Menteur ? Effrayé ? Cette capacité n’a pas vraiment d’impact sur la narration, les choix sont soulignés de manière à maintenir le cap de l’histoire, mais elle offre un autre regard sur l’esprit de Meena et la manière presque clinique dont elle perçoit le monde.

Last Stop est empreint de philosophie existentielle juxtaposée à l’illusion d’une vie simple. À 34 ans, je me suis identifié, à un certain niveau, aux trois personnages, ce qui a rendu certaines des décisions les plus radicales difficiles, comme celle de choisir si Meena est honnête sur les façons spécifiques dont elle blesse sa famille ou la décision de Donna entre sa famille et ses combats. Comment agir quand il n’y a pas de bon choix, il n’y a que le bon choix pour le moment ? Et si ce “bon” choix se fait au prix de la vie de quelqu’un ? De son bonheur ? Que faites-vous à ce moment-là, lorsque vous vous rendez compte que le monde est tellement plus étrange et plus grand que vous ne le croyez ? Last Stop n’est pas pour tout le monde ; c’est un récit au rythme lent qui demande un peu de temps avant d’aboutir. La conclusion de Last Stop, cependant, est unique, surprenante, et m’a fait réfléchir à mes choix dans le jeu lui-même et dans la vie réelle. Ce fut un voyage réfléchi, qui s’est conclu sur une note satisfaisante, teintée d’émerveillement et d’un sentiment renouvelé de ce que signifie être humain.

Score : 8

Résumé : Last Stop est une expérience à deux faces, dont l’une est une monotonie racontable et l’autre offre un chaos débridé et des énigmes imaginatives.

Concept : Trois étrangers sont réunis par un coup du sort chaotique ancré dans le surnaturel.

Les graphismes : Les personnages sont plus détaillés tandis que les PNJ ont des visages sans traits, ce qui donne une esthétique correspondant à la nature existentielle du jeu.

Le son : La musique et les effets sonores donnent au joueur l’impression de jouer à une série télévisée épisodique.

Jouabilité : Une narration ciblée qui ne laisse aucune place à l’exploration, conçue pour mener chaque personnage à sa destination finale.

Le divertissement : Last Stop mêle parfaitement l’humour britannique classique, le contraste de la banalité humaine et la nature chaotique du surnaturel.

Replay : Modérément faible

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